15 juillet 2016

Dans les forêts de Sibérie

Auteur: Sylvain Tesson
Edition: Folio
Année de parution: 2013
Nombre de pages: 290

Résumé: "
Assez tôt, j'ai compris que je n'allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m'installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie.
J'ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal.
Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j'ai tâché d'être heureux.
Je crois y être parvenu.
Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie.
Et si la liberté consistait à posséder le temps ?
Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d'espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures ?
Tant qu'il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu."

Mon avis:
J'ai découvert ce livre en début d'année sur la chaîne Croque les mots (que je vous recommande d'ailleurs vivement ainsi que son blog!). Il m'a rapidement fait envie car il abordait des thèmes qui m'intéressaient grandement: la société, la fuite du temps et bien sûr l’ermitage. Et personnellement, rien que le résumé me fait battre le cœur un peu plus vite. Bien que j'ai mis du temps à le lire à cause de la fin des cours, je n'en ressors pas le moins du monde déçue.

"La rage carnassière à abattre les kilomètres. L'envie de mourir d'avancer. Parfois, j'allais tel un possédé marchant jusqu'au délire, à l'épuisement. Dans le Gobi, je m'arrêtais pour passer la nuit, là, m'écroulant sous moi à l'endroit de mon dernier pas et repartais le lendemain, sitôt l’œil ouvert, machinalement. Je jouais au loup, à présent je fais l'ours. Je veux m'enraciner, devenir de la terre après avoir été du vent. J'étais enchaîné à l’obsession du mouvement, drogué d'espace. Je courais après le temps. Je croyais qu'il se cachait au fond des horizons."

Ce livre est une sorte de carnet de bord. L'auteur l'a rédigé tandis qu'il vivait seul dans une cabane en Sibérie après avoir décidé de s'isoler parce que le monde actuel l'étouffait. C'est peut-être surprenant à dire, mais je me suis vite retrouvée dans son état d'esprit puisque ce genre d'expérience me fait réellement rêver depuis quelques temps. 
Il y a énormément de choses que j'ai aimées dans ce livre. 
Tout d'abord les critiques de la société, qui font toujours énormément réfléchir.
La description des paysages, qui sont aussi réalistes que poétiques. J'avais vraiment l'impression d'être au bord du lac Baïkal, dans cette chaleureuse cabane, loin de tout et de tout le monde. Et c'était tellement plaisant !

"La vision est vertigineuse de ce flux cristallin plongeant dans le vide. Et si c'était par désespoir que les cascades se précipitaient du haut des montagnes ?"

L'écriture de l'auteur est splendide. On peut régulièrement lire des phrases voire des passages entiers incroyablement poétiques, à chaque fois ça me faisait comme un coup en plein cœur tant c'était beau. En revanche, j'ai remarqué que l'auteur utilisait souvent la même structure de phrase et c'est assez dommage.
J'ai également beaucoup aimé le narrateur puisque je me suis énormément reconnue en lui, dans son désir de solitude, de liberté et de son amour pour la nature et évidemment, des livres. J'ai néanmoins trouvé le fait qu'il boive énormément d'alcool un peu lourd. 

"Pacôme, Antoine, Rancé évoquent leur haine du siècle, leur combat contre les démons, leur brûlure intérieure, leur soif de pureté, leur impatience à gagner le Royaume céleste, mais jamais l'idée de vivre sans faire de mal à personne. Ne pas nuire. Après une journée dans la cabane des Cèdres du Nord, on peut se le dire en se regardant dans les glaces."

C'est un livre qui ne peut évidemment pas plaire à tout le monde, si les essais vous ennuient il y a peu de chances que celui-ci vous plaise même si je vous conseille néanmoins de tester car il serait dommage de passer à côté d'une telle oeuvre, dans laquelle je me suis personnellement très bien sentie. J'ai refermé ce livre avec une réelle impression d'apaisement, et même d'avoir un peu grandi.

 "Pour être heureux il me paraissait qu'il ne me fallait qu'une bibliothèque."

Dans les forêts de Sibérie est donc un récit tout simplement magnifique, une véritable ode à la vie et à la nature. L’adaptation, bien que très peu fidèle, est tout aussi splendide. Alors si le livre vous fait un peu peur, je vous recommande de regarder au moins l'adaptation. Je vous glisse la somptueuse bande-annonce qui me met toujours les larmes aux yeux.



Coup de coeur

11 juillet 2016

C'est lundi, que lisez-vous ? [71]

"C'est lundi, que lisez-vous ?" est un rendez-vous hebdomadaire initié par Mallou qui s'est inspirée de It's monday, What are you reading ? de One Person's Journey Through a World of Books. Le récapitulatif des liens se fait maintenant sur le blog de Galleane.

Ce rendez-vous consiste à répondre à trois petites questions:
- Qu'ai-je lu la semaine passée ?
- Que suis-je en train de lire ?
- Que vais-je lire ensuite ?

Ce que j'ai lu la semaine passéeSmiley quotidien lit un livre
J'ai eu un très beau coup de cœur pour ce livre ! Même si j'ai été assez longue à le lire à cause de la fin des cours (les épreuves anticipées de bac se sont d'ailleurs très bien passées :D), ça me faisait un bien fou de me réfugier dans cette cabane en Sibérie, ne serait-ce que le temps de quelques pages. Je l'ai refermé les larmes aux yeux parce que je savais que je venais de dire au revoir à une magnifique aventure humaine, un trésor. Le film, bien que très peu fidèle, est également merveilleux. Je recommande donc livre comme film à tous !
J'écrirai ma chronique dans la semaine :)

Ce que je suis en train de lire Smiley quotidien lit un livre
Je reprends enfin cette fabuleuse brique que j'avais du abandonner à une cinquantaine de pages (à peine) à cause des cours x) J'en suis à 16% et ai bien du mal à le lâcher maintenant. Concernant la série-télé je la trouve pour le moment très fidèle à l'œuvre originale, il ne me reste que le dernier épisode de la saison 2 mais je n'ose pas le regarder car je sais qu'il va être horrible xD

Ce que je lirai ensuite Smiley quotidien lit un livre
Couverture Breathing, tome 1 : Ma raison de vivre


Je vous souhaite une bonne semaine livresque ! ♥

4 juin 2016

La fille du papillon

Couverture : La fille du papillonAuteure: Anne Mulpas
Edition: Le Livre de Poche (Jeunesse)
Année de parution: 2016
Nombre de pages: 220

Résumé: "Solveig a décidé de débuter un journal intime. Mais attention: le girly, c'est pas son style. Alors pourquoi s'y mettre ? Entre autres, à cause d'un garçon si spécial qu'elle l'a surnommé "le Monde" ; de son père, veuf et volage - papillon, donc ; de son amitié trouble avec la Ni. Solveig ne manque finalement pas de raisons de commencer un journal... ni de fantaisie pour le remplir."








Un grand merci à Aurélie, Cécile et aux éditions Hachette et Le Livre de Poche pour ce livre ! ♥

Mon avis:
Je n’avais aucune attente particulière concernant ce roman. J’étais simplement intriguée par le titre et la couverture. J’avais entendu dire qu’il était particulier, mais je ne m’attendais pas à une telle surprise, à tant de beauté… Ce petit livre est un véritable ovni de la littérature jeunesse.

« Je ne sais pas pourquoi, ma mère a toujours eu peur que je sois en manque de couleurs. Sans doute avait-elle peur de la nuit à venir. Depuis, je taille régulièrement tous ces rescapés d'arc-en-ciel.
Par moments, je m'arrêtais pour vider le taille-crayon par la fenêtre. C'est joli ces petits copeaux qui s'envolent. On dirait que ces infimes bouts de couleur se souviennent, en volant, des arbres qu'ils étaient, là-bas, lorsqu'ils suçaient la terre et frimaient sous le vent. 
Et puis le Monde est arrivé là, par hasard, sous mon nez. Et lui aussi il a regardé les copeaux s'en aller sur la pointe des airs. Alors, je l'ai regardé les regarder. »

Solveig est une jeune fille de 16 ans menant une vie assez solitaire. Sa mère étant décédée depuis quelques temps, elle n’a qu’une véritable amie, Manon, qu’elle surnomme la Ni. Un soir, elle croise le regard d’un inconnu qui va bouleverser son petit monde. C’est d’ailleurs comme ça qu’elle le surnomme : « le Monde ». On suit ses premiers sentiments amoureux, ses tourmentes d’adolescente, et la douleur du deuil de sa mère qui persiste, mais également la relation qu’elle entretient avec son père, qu’elle aime comparer à un papillon car il butine de femme en femme depuis la mort de son épouse.

« Lorsque tous les petits bouts de crayon eurent disparu, il les regardait encore comme si ses yeux pouvaient les suivre loin, très loin. Comme si ces yeux se fichaient d'être attachés à son corps. Alors, j'ai regardé comme lui, loin, très loin. D'abord, je n'ai rien vu d'autre que le quartier endormi, que la ville clignote par intermittence comme une grosse paupière lumineuse. Et puis, j'ai senti que je pouvais voir plus loin. Que le ciel ne s'arrêtait pas à ce que je voyais. J'ai senti que ma peau, mes os lâchaient prise. En un regard, j'avais appris à voler. »

Il y a relativement peu de personnages dans ce roman, et je ne saurais dire si je les ai vraiment aimés. Ils paraissent tous très distant, mise à part Solveig évidemment. Je pense que c’est un choix de la part de l’auteure, et j’ai aimé ce choix qui contribue au mystère de ce récit, à son atmosphère si particulière. Solveig est une personne très spéciale. Très solitaire, rêveuse, un peu (voire complètement) mélancolique sur les bords. Elle est aussi parfois très égoïste et un brin angoissante, j’ai eu de sérieux doutes sur sa santé mentale durant certains passages. Grandissant sans la présence d'une mère, elle se cherche probablement plus que les autres. C’est véritablement une fille pleine de poésie. J’ai beaucoup apprécié sa relation avec Manon, qui frôle les sentiments amoureux. C’est selon moi un aspect très intéressant du livre.
Sa relation avec « le Monde » est en revanche beaucoup trop irréaliste selon moi, trop rapide. Solveig est tout de suite dépendante de lui, alors qu’ils n’ont même pas encore fait connaissance, j’ai trouvé ça un peu gros et niais. Même si la scène du coup de foudre était magnifique, j’ai eu beaucoup de mal à croire en ce couple.

« Je voudrais que le Monde arrive et me prenne dans ses bras. Sans rien dire. Pas un mot, pas un poème. Les mots ne savent rien dire parfois. Juste son corps. Juste ses bras. »

Anne Mulpas a un style d’écriture vraiment à part. J’ai beaucoup de mal à le décrire. Il est unique sans aucun doute, original et très poétique. Certains passages n’étaient pas particulièrement tristes, et pourtant ils étaient si beau que je sentais des larmes prêtent à me monter aux yeux. Cette plume m’a émerveillée, il n’y a pas d’autre mot. Elle est sans aucun doute le plus gros point fort de ce livre.
L’atmosphère est elle aussi très particulière, on est dans la tête d’une jeune fille très spéciale, qui a parfois des pensées qui pourraient faire penser à de la folie.
La fin m’a en revanche pas mal déçue. Il ne s’y passe rien de marquant, le reste du livre étant pourtant quelque peu troublant, je m’attendais à une grosse révélation. C’est dommage parce que ce roman aurait pu être un bien joli coup de cœur si la fin avait été à la hauteur.

« Cours d’histoire. La guerre, la guerre, la guerre.
Il était une fois…
Emploi du passé comme si l’histoire n’existait plus.
Flashes divers. Afrique, Amérique du Sud, Corée de Nord.
Irak, Tchétchénie…
Baisse la tête, petit français.
Surtout ne regarde pas autour de toi. »

La fille du papillon a beau être un court récit, il n’en est pas moins bouleversant, avec une héroïne tantôt magnifique, tantôt détestable, mais surtout déroutante. Je le recommande à tous ceux qui sont tentés par ce livre, n’attendez juste pas trop de la fin et tenez-vous prêt à découvrir un style vraiment unique.

Excellent livre