21 août 2026

Celle qui sait - Riley Sager

 


Autrice : Riley Sager

Edition :  2026, Verso 

Nombre de pages : 524

Genre et thèmes :  Thriller - Meurtre - Drame familial - Manoir isolé 

Quatrième de couverture :

Le massacre de la famille Hope, lors d'une nuit sanglante de 1929, a bouleversé les habitants du Maine. Si la plupart des gens sont persuadés que Lenora, dix-sept ans, en est responsable, la police n’a jamais pu le prouver. Après avoir nié à l’époque toute implication, l’intéressée n’a plus quitté Hope’s End, le manoir dressé en bord de falaise où le drame s’est produit.

Nous sommes en 1983 lorsque Kit McDeere, aide-soignante à domicile, se présente pour s’occuper de Lenora après la fuite inexpliquée de sa précédente infirmière. Âgée de plus de soixante-dix ans et en fauteuil roulant, Lenora a été rendue muette par une série d’AVC. Elle ne peut communiquer avec Kit que grâce à une vieille machine à écrire.

Jusqu’au soir où, de son seul doigt valide, elle commence à taper : je veux tout vous raconter.

Mon avis : 

Je suis très curieuse des thrillers depuis quelque temps, et le synopsis de celui-ci me faisait vraiment, vraiment envie. Le fait qu’il soit en rupture un peu partout n’a fait qu’attiser ma curiosité : dès que je l’ai enfin trouvé en librairie, je l’ai acheté, puis commencé — et dévoré — presque aussitôt après. Autant dire que j’avais de grandes attentes en ouvrant ce livre, et je dois dire que les premières pages ont immédiatement réussi à m’embarquer.

Au sommet d’une falaise, Hope’s End se dresse face à l’océan. Un manoir immense et fissuré, qui semble peu à peu glisser vers le vide et que la mer finira, un jour, par dévorer. C’est ici qu’en 1929, toute une famille a été massacrée. Seule Lenora Hope a survécu… et depuis, tout le monde la croit coupable. Après avoir elle-même traversé un drame, Kitt peine à reprendre le cours de sa vie. Lorsqu’on lui propose de venir s’occuper de Lenora Hope, recluse depuis des décennies, ce poste représente sa dernière chance de retrouver un emploi. Elle n’a donc pas vraiment le luxe de refuser, même lorsqu’elle découvre que l’aide-soignante qui l’a précédée a disparu en pleine nuit, sans laisser de trace. À Hope’s End, quelque chose semble pourtant lui souffler qu’elle ferait mieux de partir. Car derrière les murs fissurés du manoir sommeillent encore les secrets d’une nuit qui n’a jamais vraiment cessé de hanter les lieux.

"Je me rappelle le rugissement du vent quand je suis sortie sur la terrasse. Il soufflait de l’océan en bourrasques hurlantes qui rasaient le dessus de la falaise avant de se ruer sur moi. Projetée en arrière, je me balançais sur mes talons, avec l’impression qu’une masse invisible me repoussait vers la demeure."

À peine ma lecture commencée, j’ai eu terriblement envie de tout comprendre. J’ai été immédiatement happée par ce décor sombre, presque gothique, qui constitue sans aucun doute l’un des grands points forts du roman. J’ai toujours un faible pour les histoires qui prennent place dans de vieux manoirs isolés, et le fait que celui-ci soit perché au bord d’une falaise, au-dessus d’un océan qui menace de l’engloutir, a rendu l’atmosphère particulièrement envoûtante.

J’ai beaucoup aimé cette idée d’une demeure condamnée à disparaître : ses murs se fissurent, ses fondations s’affaiblissent et, inexorablement, la maison semble se rapprocher du vide. Il y a quelque chose de presque poétique dans cette lente dégradation, mais aussi une véritable sensation d’étouffement. Hope’s End paraît vivante, comme si elle conservait dans ses murs les souvenirs de ce qui s’y est déroulé. Chaque pièce semble retenir son souffle, chaque silence paraît dissimuler quelque chose. Et tandis que Kitt tente de comprendre ce qui s’est réellement passé des années auparavant, une question devient de plus en plus obsédante : que s’est-il vraiment passé cette nuit-là ?

Le roman est ainsi très immersif et j’ai trouvé son rythme particulièrement efficace. Les chapitres courts et les différentes révélations entretiennent constamment la curiosité, avec cette envie tenace de tourner encore quelques pages pour obtenir une réponse… avant de se retrouver avec de nouvelles questions. J’ai aimé cette sensation d’être progressivement entraînée dans les secrets de Hope’s End, sans jamais savoir exactement à qui faire confiance.

"Je m'étais trompée pour le lever du soleil. Il ne vient pas voir ce qu'il se passe de ce côté du monde. Il me dévisage."

Lenora est sans doute le personnage qui m’a le plus intriguée. J’ai été touchée par son histoire, par ce qu’elle laisse deviner de sa personnalité et par tout ce qui entoure le drame de 1929. J’ai en revanche eu davantage de mal à m’attacher à Kitt et aux autres personnages. Certains m’ont même parfois semblé manquer de cohérence dans leurs réactions ou leurs décisions, notamment le policier qui intervient à différents moments de l’histoire et dont certains comportements m’ont laissée assez perplexe.

Malgré cela, les révélations qui ponctuent le roman ont, pour la plupart, très bien fonctionné sur moi. Certaines m’ont véritablement surprise et, surtout, elles ont entretenu cette envie de comprendre ce qui se cachait derrière les apparences. J’ai beaucoup aimé me faire mes propres théories au fil de ma lecture, essayer de démêler le vrai du faux et me demander jusqu’où l’histoire allait pouvoir nous emmener.

En revanche, j’ai été un peu plus mitigée par les révélations finales. J’ai trouvé qu’elles s’accumulaient un peu trop et que certaines prenaient une tournure tellement improbable qu’elles ont fini par me faire sortir de l’histoire. La conclusion m’a donc semblé quelque peu farfelue et, à mon goût, moins convaincante que tout ce qui précédait. C’est dommage, car l’ambiance, le mystère et la construction du suspense m’avaient vraiment séduite.

Il n’empêche que j’ai passé un excellent moment avec Celle qui sait. Malgré une fin qui m’a laissée plus perplexe qu’enthousiaste, le roman possède une atmosphère particulièrement réussie, un décor qui m’a totalement conquise et suffisamment de mystères pour maintenir l’attention jusqu’au bout. Si vous aimez les manoirs isolés, les secrets de famille, les vieilles histoires qui refusent de disparaître et les thrillers à l’ambiance délicieusement inquiétante, celui-ci vaut clairement le détour. À condition, peut-être, d’accepter de se laisser surprendre… même lorsque les révélations deviennent un peu trop biscornues.

"Le carton contient des livres. De poche, principalement. Ils avaient appartenu à ma mère, et leur usure, leurs déchirures témoignent de son avidité de lectrice compulsive.

« On n’est jamais seule quand on a un livre sous la main, disait-elle souvent. Jamais, jamais. »"

Excellent livre (4/5)

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